Actualités de Prailles
Monastère de Prailles 2026 RAMEAUX
Cette semaine, on arrive à la fin d’une histoire, celle de Jésus. Et au début d’une autre histoire, la nôtre, avec le Christ.
On est à la fin de l’évangile et Jésus entre à Jérusalem, pour y mourir et pour y ressusciter. Et notre histoire commence là, en ce lieu de mort et de résurrection, pour continuer en Samarie et à Corinthe et à Ephèse et jusqu’à Rome…et jusque dans le monde entier, 2000 ans après et des poussières.
2000 ans que des hommes et des femmes marchent à la suite du Christ. La question est de savoir sur quel chemin on le suit…
Nous avons entendu deux évangiles aujourd’hui et chacun d’eux nous parle d’une façon de marcher avec Jésus…
Le premier évangile, au moment de la bénédiction des rameaux, à l’extérieur, c’était l’entrée de Jésus à Jérusalem, après un long chemin : trois ans à parcourir les routes de Palestine pour y faire du bien et y dire du bien.
Le deuxième évangile que nous venons d’entendre nous parle d’un chemin qui part du cœur de la ville de Jérusalem jusqu’à une petite colline au-delà des remparts, le calvaire, le Golgotha. Il est plus court ce chemin là, mais bien plus dur. Il n’y a plus de chants d’acclamations ni de hosannas. Mais il y a des cris de haines et des lamentations. Pas de fleurs, de palmes, de buis, d’habits jetés par terre pour décorer le chemin. Mais la sueur et le sang d’un condamné.
Il n’est pas terrible le chemin de la croix.
C’est sûr, on est assez facilement prêt à faire avec Jésus le chemin jusqu’à Jérusalem. L’accompagner quand il guérit les aveugles et pardonne à la femme adultère et prêche sur la montagne les béatitudes. Et l’acclamer. Bien sûr qu’on est avec lui. On est même plutôt fier. Mais quand les lumières s’éteignent et que les applaudissements se taisent, est-ce qu’on est encore avec lui ? Est-ce qu’on est prêt à quitter l’amusement joyeux de la ville pour le voir cloué sur un arbre ? Est-ce qu’on est prêt à échanger notre Jésus poète, homme de sagesse, homme de miracles, contre un Jésus crucifié, malmené, défiguré ? Contre un Jésus perdant !
Au début de cette Semaine Sainte, il est bon de se redemander pourquoi nous sommes chrétiens ! Nous ne sommes pas les adeptes d’une sagesse mystique racontée dans de beaux textes – d’autres textes sont aussi beaux et forts ; nous ne sommes pas les adeptes d’une morale au comportement impeccable – d’autres se comportent parfois mieux que nous ; nous sommes chrétiens parce que nous sommes plongés, au baptême, dans la mort et la résurrection du Christ.
Nous sommes donc chrétiens à cause de la version courte du chemin. Pas à cause de la version longue.
Nous sommes chrétiens parce que nous savons que tout ce que Jésus dit de beau, tout cet amour dont il parle, ce ne sont pas des mots en l’air, de belles paroles, mais que ça le mène à la mort, que ça l’engage jusqu’au crucifiement.
Nous sommes chrétiens parce que nous avons conscience que rien de la vie du Christ n’arrive ailleurs que dans l’ombre de la croix. Depuis le début, en Galilée. Peut-être même depuis la nuit de sa naissance dans une crèche. C’est le chemin de la croix qui donne du sens à tout ce qu’il a fait et dit, Jésus. Sur la croix, il nous montre ce que c’est que la vie d’amour qu’il a prêchée. Et il nous montre en même temps ce que doit être notre vie. Pas des discours ni des mots. Mais un don de soi. Un engagement total.
“Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive”. Jésus invite à la version courte du chemin et il dit que c’est là qu’est notre joie. Une joie plus intense et plus profonde que la joie de cette foule qui pousse des cris d’acclamations devant le faiseur de miracles dont ils espèrent bien obtenir encore quelque faveur. Oui, marcher avec Jésus sur la petite route qui mène au calvaire, c’est avoir la joie de partager le pain de vie, de boire à la coupe du salut et d’entendre cette parole magnifique : aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis.
frère Jean-Luc-Marie