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Je n’ai jamais passé les fêtes de Pâques autrement qu’en famille. Et cette année, c’est avec une autre famille que j’ai ressenti le besoin de partager ce moment, celle de mes chères bénédictines de Prailles (en union de prière avec les autres moniales de la congrégation évidemment!).

Jeudi 29 mars

Me voici donc en route vers le monastère de Prailles dans l’après-midi du jeudi 29 mars avec Louise, ma colocataire et voisine de chambre, avec qui j’ai la joie de partager un second voyage privilégié à Prailles (le premier était en janvier pendant les révisions d’examens). Ce sont aussi des retrouvailles puisque jusqu’alors j’étais partie travailler au monastère de Bouzy-la-Forêt tandis qu’elle passait ses vacances en Afrique. Le voyage ne se fit donc pas sans animation !

Arrivées à Prailles, sœur Tiphaine nous accueille souriante et pleine d’attention, comme à son habitude. Mais à 17 heures, la célébration de la Cène commence déjà ! Rapidement, nous déposons nos affaires pour rejoindre l’église où sont réunies les bénédictines (c’est avec joie que je découvre la présence sœur Stéphanie, ma collègue archiviste, qui avait fait une mauvaise chute pendant le carême).

J’écoute avec attention les passages bibliques bien familiers…heureuse de pouvoir enfin assister à la Cène ! Célébration que j’ai souvent manqué à cause de l’emploi du temps scolaire. Je rends grâce pour avoir un employeur qui me permet et même m’encourage à vivre pleinement la Semaine Sainte !

Le Saint Sacrement est transporté jusque dans l’oratoire au fond de l’église, invitant à l’adoration, et invitant aussi à veiller avec le Christ, avec lui au jardin de Gethsémani, luttant contre la fatigue avec les disciples d’il y a 2000 ans !

Vendredi 30 mars

Le lendemain, le réveil sonne pour Matines à 6 heures ! A mon entrée dans l’église, je croise le regard étonné et souriant de la prieure sœur Marie qui connaît ma difficulté pour les réveils matinaux ! Sans force mais pleine d’enthousiasme , je psalmodie avec les bénédictines, mes pensées entièrement tournées vers la prière, portée par mes sœurs… Je me laisse portée dans la prière, descendant de plus en profondément en moi-même au fur et à mesure que les lumières des cierges s’éteignent, quelque chose en moi semble aussi s’éteindre mais dans la promesse d’un feu nouveau, quelque chose semble se replier dans l’attente d’un déploiement.

La descente spirituelle continue à 15 heures avec la cérémonie de la Croix, à cette occasion, pas de consécration eucharistique mais il reste la possibilité de communier avec les hosties de la veille. Je fais le choix de m’avancer, ressentant le besoin de prendre des forces et de sentir Sa Présence en moi tandis que je me sens chuter à l’intérieur de mon propre corps, toujours plus bas dans un grand silence. Je n’essaye pas de me défendre, confiante en la promesse d’une remontée éclatante.

Sitôt la cérémonie terminée, nous commençons déjà les préparatifs pour la résurrection ! La descente intérieure se stabilise et nous entrons dans le temps de l’attente, de l’Espoir.

Et c’est avec patience que nous confectionnons des nénuphars à partir de serviettes jaunes et vertes pour décorer la table qui sera dressée pour le dimanche de Pâques.

Samedi 31 mars

Le samedi, le réveil sonne de nouveau vers 6 heures mais le nombre d’office est réduit, tout semble endormit, quelque chose se tait, retient son souffle. Et je sens en moi une forme d’enthousiasme qui semble se cacher, je dois me tendre pour le sentir, coller l’oreille intérieure aux parois rocheuses de mon être pour percevoir cette énergie avancer profondément au-dessous de la surface.

Après une sieste (les bénédictines avaient conseillé de se reposer sachant d’expérience que la suite des événements demandait beaucoup d’énergie !), je m’avance dans l’église où j’aperçois sœur Marie et sœur Isabelle en pleine effervescence autour de l’ambon pour placer l’icône de la résurrection sur un chevalet qui penche…

Au même moment, Emmanuel (un ami des bénédictines) s’affaire autour de son matériel audio-visuel pour assurer l’animation qui s’annonce de très haut niveau !

Et moi, observant leur travail, je cherche le meilleur angle pour prendre les plus beaux clichés, admirative devant les bouquets, notamment la belle couronne de jonquilles que sœur Marie prend beaucoup de plaisir à composer.

Je revins plus tard pour découvrir un spectacle d’ombre et de lumière, la croix et l’ambon éclatants, magnifiés par les fleurs printanières.

Avant la veillée pascale, sœur Marie rencontre les membres du MEJ (Mouvement eucharistique des jeunes) qui sont venus avec Emmanuel, l’ami de la communauté. La prieure nous prévient que nous allons lire pas moins de 8 lectures ! Un vrai marathon ! Nous sommes invités à être attentif à leur lecture, ceux-ci n’ayant pas été choisis au hasard pour cette grande célébration, la plus belle de l’année !

Ayant revêtu mes habits de fête, je cours à l’église que je trouve vide. Je me souviens alors que la cérémonie commence dans la cour devant un brasier ardent où le prêtre allume le cierge pascal (qui ne cesse de s’éteindre sous les bourrasques de vent). Ce phénomène me ramène une année en arriève...quand je tenais moi-même le cierge pascal devant l’église de ma paroisse bretonne… il y avait aussi du vent ce jour-là et c’était moi qui me débattait pour garder le feu allumé ! Ce souvenir me fit sourire, le vent souffle sur les cierges pascals que l’ont soir en Bretagne ou dans le Poitou…

Dans l’église, où le vent ne peut plus jouer les troubles-fêtes, nous allumons notre cierge (ils viennent de Jérusalem me dit sœur Isabelle!). Vient ensuite le temps des lectures. Concentrée sur ce que peut apporter chaque Parole, je prends conscience du contraste opéré avec les psaumes et passages d’évangile du Vendredi Saint. Les ténèbres ont laissé place à la lumière. Dieu est avec nous ! Et il est venu nous sauver ! Alléluia peut-on enfin proclamer !

Dimanche 1er avril

Dimanche 1er avril, la fameuse Aube pascale peut commencer, le jour n’est pas encore levé et je suis déjà dans mes chaussures, prête à 5h45 pour commencer la marche à travers la campagne environnant le monastère. Il fait encore nuit mais la lune éclaire nos pas avec intensité, un véritable soleil nocturne !

Je rejoins d’autres personnes et nous marchons en silence, nous arrêtant régulièrement pour une lecture biblique et une réflexion. Le soleil doucement se lève à l’horizon qui se teinte de rose et découpant le paysage en ombre chinoise.

Contemplation.

De retour au monastère, nous découvrons une église illuminée de mille et une bougies… Un scintillement coloré s’étend jusqu’à l’ambon. La musique aussi nous accueille, portée par la famille d’Emmanuel dont les deux enfants nous réservent une épatante prestation ! Nous pouvons aussi compter sur d’autres chanteurs comme le pasteur, les bénédictines elles-mêmes et les jeunes du MEJ qui remplissent l’église de louanges rythmées et joyeuses.

L’Aube pascale continue par un petit déjeuner où je retrouve mes colocataires Louise et Emmanuelle ainsi que sœur Marie et Véronique (femme d’Emmanuel). Rassasiées de cafés, chocolats chauds, brioches, confitures et pâtes à tartiner, nous discutons joyeusement des derniers événements de la congrégation, notamment des festivités du quatrième centenaire. Et je serais bien ingrate si je ne rendais pas grâce pour ces mois écoulés, pour ces rencontres fraternelles, pour la belle complicité nouée avec sœur Marie qui m’appelle affectueusement « son assistante ». Ma reconnaissance est aussi grande pour la chance d’habiter avec des colocataires que j’aime comme des grandes et petites sœurs. Le Christ nous a réunit, il ouvre nos cœurs et nos oreilles à l’image des fleurs épanouies sur le crucifix de la communauté !

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